Triste
jour,
Ce jour de 26 Mars 2008, le coeur rempli d’une
idée inexplicable, « j’ai un rendez-vous
», j’ai pris mon R.E.R, banalement, pour Paris.
Saint Augustin, là, il y a un changement, et surtout,
ne pas traîner, « j’ai un rendez-vous
». Le balancement de la rame, m’a rouvert
des pages de journaux, des photos, des cris, le bruit
insupportable d’un fusil mitrailleur, du sang, des
enfants...
Arrêt, des voyageurs montent, d’autres descendent,
la vie quoi. Et j’en étais à revoir
le soleil d’Alger, sur ces visages, éteints
à jamais, quand j’ai senti que j’étais
arrivé.
L’Église Saint Augustin, magnifique, et
symbolique témoin d’une page lointaine de
l’Algérie, était devant moi. Les vitraux
magnifiques diffusaient une faible clarté apaisante,
propice au recueillement des coeurs dévastés.
Vers le choeur, se dressait la maquette de « Notre
Dame d’Afrique », dont la statue se situe
à Théoule, attendant les
pèlerins. Le visage aussi doux que la Vierge de
Santa Cruz, chère aux Oranais. Mais aujourd’hui,
la peine est universelle, et les Oranais ainsi que les
Pieds-Noirs de toute l’Algérie,
la partage.
Alors , les fidèles, entrés, par petits
groupes, ont vu arriver les Drapeaux, et l’office
à commencé.
Je ne vous dirai rien sur les chants à Notre
Dame d’Afrique, ni « Chez nous soyez
Reine », ni sur la triste litanie des victimes.
Je vous dirai simplement que nous avons prié pour
eux, pour les victimes chrétiennes, et les victimes
musulmanes, toutes innocentes, les unes et les autres.
Je ne vous dirai pas non plus le contraste avec le recueillement
et la prière à l’intérieur,
et le déferlement de haine à l’extérieur.
Mais dans cette Église sacrée entre toutes,
il ne pouvait rien arriver, car j’étais à
mon « Rendez-vous », avec tous ceux qui nous
disaient, » Faites qu’on ne nous oublie pas,
et qu’on ne salisse pas notre mémoire ».
Alors, dans le fond de mon âme, je leur ai dit,
qu’ils vivraient, tant que quelqu’un versera
une larme pour eux.
Monsieur Rochette a ensuite lu un texte,
incluant, le pèlerinage de Lourdes en mars, en
mémoire des Victimes, et l’hommage d’aujourd’hui.
Le prêtre a célébré l’Eucharistie,
et dans l’émotion de ce jour tristement mémorable,
les fidèles ont communié, et j’imagine
très bien, où allaient leurs pensées.
Puis les drapeaux sont repartis, vers un autre lieu,
un autre symbole, une même mémoire.
L’Arc de Triomphe
Ce haut lieu , éclairé par la flamme éternelle
du souvenir était Le Lieu qui complétait
le mieux la Messe de 13H30.
La flamme allait perpétuer le souvenir, éclairer
les ignorants, mettre une lumière impitoyable sur
les visages haineux.
Et Alors, s’est produit le miracle. Les forces
de l’ordre ont protégé NOTRE cérémonie,
et encadré, comme une apparition, ce cortège
d’anciens, garant du souvenir, devancé par
nos drapeaux, et un groupe d’enfants , garant de
notre futur. Cortège coloré par les fleurs
à nos trois couleurs, et auréolé
d’une émotion aussi intense , que l’emballement
de nos coeurs.
Que vous dire, si ce n’est qu’une gerbe
bleue, pour nos cimetières et nos
disparus, une gerbe blanche
pour les Harkis et Français musulmans,
une rouge, pour les victimes
du 26 mars 62, du 5 juillet 62, du 20
Août 1955, et une, bleu, blanc,
rouge, portée par les enfants,
pour les enfants victimes.
Dirigé par le Général Combette,
cette cérémonie, après la sonnerie
aux morts, a fait monter « La Marseillaise
», et « Le Chants Des Africains
», jusqu’à ce ciel, où pleuraient
les nuages.
Nous avons pris rendez-vous l’année prochaine,
avec lui, car c’est bien là où vont
les innocents.
Retour vers le métro, attroupement de «
Républicains Humanistes », et blabla, comme
si ils y étaient... Les caméras filmaient.
Pas la cérémonie, non, mais comme l’écrivait
Scarron »Quand le spectacle est dans la salle ».
Spectacle à pleurer.