Jeudi 14 juillet
2005, par Lucienne PONS
Quelques jours
avant ou quelques jours après l’indépendance
de l’Algérie, anciens Départements
Français, vos parents ont du se décider
à quitter cette terre pour rejoindre dans leur
grande majorité la métropole, pour rester
Français et échapper bien légitimement
à de grands dangers.
Souvenez-vous
de l’expression "la valise ou le cercueil.."
Pour vous sauver
du cercueil, Chers enfants, nous avons choisi la valise
et par avion ou navire nous avons rejoint cette encore
grande inconnue pour certains d’entre nous, que
nous portions dans nos coeurs "LA FRANCE". Inconnue
territorialement s’entend, à part pour ceux
qui y étaient venus y faire leur service militaire,
pour y combattre l’ennemi en 14/18, et pour la libérer
au cours de la deuxième guerre mondiale de 1939/1945,
guerres dans lesquelles vos grands pères et pères
ont connu l’honneur de ne pas avoir déposé
leurs armes et des les avoir portées haut et fiers,
comme des lions courageux jusqu’à la victoire
de 1945, et pour d’autres qui avaient eu le plaisir
d’y venir en vacances ou en voyages d’affaires.
Cette France nous la connaissions à travers les
récits de nos grands parents et parents et par
nos études scolaires et universitaire et nous portions
son histoire dans nos pensées comme un symbole
de "LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE" sous l’étendard
de la République Française.
Vous ètes
arrivés enfants en France où vous y ètes
nés et parfois vous vous interrogez sur cette expression
Pieds-noirs que l’on utilise pour nous qualifier
et que nous utilisons aussi entre-nous. Vos parents ont
du garder une petite pointe de cet accent enjoué
et les expressions qui nous caractérisent. Une
certaine pudeur nous empêchent parfois, pour vous
éviter le passage de la guerre d’Algérie
et ses souvenirs douloureux, de vous enseigner exactement
qui nous sommes vraiment.
D’abord
des Français de souches et des Français
par option volontaire, de toutes origines européennes.
Nos ancêtres lors de la conquête de l’Algérie
arrivaient de France, d’Espagne, d’Italie,
des Baléares, de Corse et d’autres pays d’
Europe, pour s’établir sur ce pays dont les
terres en friches s’offraient à nos travaux.
Pourquoi la France a-t-elle conquis l’Algérie
?.... Dans un raccourci, indiquons que par suite d’un
incident diplomatique insultant à l’ égard
du Consul de France de la part du le Dey d’Alger,(
ville qui se trouvait sous domination turque) pour relever
notre honneur, mais surtout parce que les pays d’Europe
en expansion étaient persuadés de devoir,
au nom de l’humanité et de son bien-être
économique, de porter le flambeau de leur civilisation
et de leur savoir faire, dans des pays que l’on
pourrait considérer de nos jours comme des pays
hyper-sous-développés.Il était important
aussi pour notre commerce d’assainir la méditerranée
des pirates qui abordaient et pillaient quantité
de navires et de nous assurer une place forte en Afrique
du Nord.
Une fois établis
dans le pays, vers 183O environ, peu à peu au fil
du temps nous nous sommes mariés entre Français-Italiens-Espagnols-Corse,
et tous autres européens et on nous appelaient
bien souvent les Européens d’Algérie.
Pour ces raisons de mariages entre européens, nous
avons dans une même famille des blonds aux yeux
bleux, des châtains roux aux yeux verts et des bruns
aux yeux noirs.
Sur nos tables
familiales se présentent tous les plats d’Europe,
nous sommes gourmets : paëlla, rizotto, pates en
sauce tomate, civets, escargots, tomates-poivrons-aubergines-courgettes
facies ou finement cuisinées, petits patés
au fromage, à la viande, ou à la soubessade,
beignets salés ou sucrés, cocas et pizzas
à la tomate et aux poivrons ... viandes roties
ou en sauce fines, etc... je ne peux pas tout citer, mais
je n’oublierai pas notre gourmandise pour les fruits
de mer et les poissons, sans oublier les délicieuses
pâtisserie parfumées à la fleur d’oranger(
Ah ! les mounas de Pâques), les mentécaos
à la cannelle, les oreilletes etc...Nous sommes
de bons mangeurs et nous aimons aussi les fruits frais,
pastèques, melons, raisins, abricots, prunes, oranges,
mandarines et les confitures, sans oublier tous les fruits
secs ; Enfin nous savons aussi tenir nos verres à
l’apéritif avec l’anisette et la khémia,
et nous apprécions les bons vins pendant le repas
et les liqueurs à la fin, avant le caouah ! Nous
sommes comme on dit "des bons vivants", nous
avons une bonne fourchette et savons lever notre verre
dans les bonnes occasions. Ah ! j’allais oublier
le couscous et le méchoui.......ce sont des plats
que nous apprécions la-bas et que nous avons mis
au goût du jour dans les "raouts" en France
et les Français de France apprécient aussi
notre cuisine, quoiqu’il vaut mieux les prévenir
quand notre "cheval de Troyes culinaire" contient
un ennemi puissant des palais délicats : je veux
parler du piment et de l’harissa ... Aie ! Aie !
Aie !.....
La cuisine
comme la littérature et les arts fait partie de
notre culture et c’est autour d’une bonne
table que l’on fait plus ample connaissance, que
les langues se délient et que finalement on s’aperçoit
que patos ou pieds-noirs c’est du pareil au même
pour ce qui est de l’appéciation des mets
et des bons vins. Pour l’appréciation de
nos idées politiques c’est parfois autre
chose.... mais enfin en gens bien éduqués
nous sommes tolérants des deux côtés
et nous évitons les sujets à rebrousse-poils,
quoique nous avons le souci d’informer et de remettre
poliment ( en évitant le coup de bélier)
les pendules cérébrales et intellectuelles
à l’heure quand il le faut.
Enfants et
petits enfants de pieds-noir vous appartenez à
une dynastie de travailleurs, vos ancêtres en Algérie
ont défrichés de leur mains des terres incultes
et des marais pestilentiels ou sur des boues et eaux infestées
régnaient la malaria, le paludisme et bien d’autres
maladies mortelles à l’époque et dont
des centaines sont morts quelques temps après leur
arrivée et pendant quelques décennies ensuite,
en attendant que tout le pays fût assaini.
Puis peu à
peu ces travailleurs ont planté des cultures, céréales,
vignes, jardins potagers, jardins fruitiers, plantes et
fleurs, des arbres venus de France et ils ont construit
des maisons, des routes, des villages, des écoles,
des hôpitaux, établit des commerces et des
entreprises, créer des musées, des théatres
et des opéras, des lieux de cultures et de distractions.
Tout celà ne s’est pas fait en un jour ...
il a fallu beaucoup de sueur et d’huile de coude.
Ils y avaient aussi des médecins,des pharmaciens,
des ingénieurs, des hommes d’affaires et
de lois, des fonctionnaires, des marins, des transporteurs,
des travailleurs artisans, maçons, mécaniciens,
tailleurs et spécialistes de tous les métiers
qui ne ménageaient pas leurs temps pour édifier
l’oeuvre commune.
Certains villages
de basse kabylie, construits par les Alsaciens et les
Lorrains arrivés en Algérie vers 1870 ressemblaient
comme deux gouttes d’eau à certains villages
anciens que vous pouvez visiter en Alsace et en Lorraine.
D’autres villages ou hameaux du début de
la conquête, construits par les Espagnols et les
Mahonnais au coeur de leur cultures, rappelaient l’Espagne
et les Baléares. Je pense tout particulièrement
au Hameau de Bou Hamédi, près du Fondouk,
avec ses maisons basses aux murs blanchis à la
chaux, et ceux qui connaissent le nom de ma famille comprendront
pourquoi : il a été entièrement édifié
par les famille Gonalons, Pons, Gornès Vidal et
d’autres noms qui m’échappent, tous
apparentés ; le dernier ouvrage très important
édifié au Fondouk avant l’indépendance,
le BARRAGE du FONDOUK, l’a été sous
la conduite de Jean Gornès, ingénieur des
Arts et Métiers, fil de feu Laurent Gornès
cousin de ma Grand mère Feu Agathe Gornès.
Pardonnez-moi cette parenthèse qui évoque
mes très anciennes racines paternelles.
Les arbres
que vos ancêtres avaient plantés et acclimatés
venaient de France et des pays d’Europe et peu à
peu cette terre hostile, fertilisée et caressée
par leurs mains travailleuses était devenue notre
Belle France d’Algérie.
Les habitants
originaires du pays ont acceptés pour certains
d’entre eux, de travailler avec nous, d’autre
pas. Pour ces derniers, nos moeurs étaient trop
occidentales et ils craignaient qu’à l’exemple
des européennes leurs femmes ne s’instruisent
et s’émancipent et c’est pourquoi tout
en vivant en bonne entente socialement dans la vie publique
de tous les jours, nous vivions de façon parrallèle
nos vies privées, nous dans nos coutumes et traditions
et eux dans les leurs ; les différence de religions,
éléments qui comptaient à l’époque,
rendaient tout mariage impossible entre les deux communautés.Celà
n’a pas empêché de solides amitiés
de se forger. Il y a eu très peu, presques pas,
de mariage mixte Français et musulmans, sauf dans
quelques rares grandes familles évoluées
et tolérantes. Mais pour le travail et les affaires
grandes et petites, nous nous étions habitués
progressivement à travailler ensemble en bonne
efficacité et entente.
Nous avons
vécu là-bas pendant cinq, six générations
en moyenne ; vos grands-pères et pères sont
venus à deux reprises en France et en Europe faire
leur service militaire et surtout faire la guerre de 14/18
et celle de 39/45 pour défendre la France (la Mère
Patrie) contre ses ennemis de l’époque, et
ceux qui n’y sont pas morts tués au combat
sont revenu chez eux en Algérie, quelquefois avec
une fiancée Française "de France"
qu’ils n’ont pas manqué d’épouser.
Nous sommes
fiers de leurs actions et il vous arrivent certainement
parfois, si vous fouiller dans leurs affaires, de trouver
des décorations militaires, croix d’honneur,
croix de guerre et médailles militaires. A leur
honneur beaucoup d’algériens étaient
à leur côté, dans l’Armée
Française. Beaucoup de jeunes Français d’Algérie
sont aussi partis comme militaires pour défendre
le Maroc et la Tunisie et ensuite la Tunisie, mais dans
ces derniers cas, victorieux sur les terrains d’opérations,
ils ont été trahis et abandonnés
par des politiciens de basse envergure.
Nous étions
citoyens à part entière et quand la France
était en danger nous étions tous présents
sous le même drapeau tricolore. C’est ce que
l’on appelle le patriotisme et ce que j’appelle
moi "l’honneur d’être un homme".
Les valeurs
militaires, celle du courage et de l’honneur ont
été injustement bafouées par des
politiciens de bas étages, incapables et félons
: ne vous laissez par leur propagande de faux-intellectuels.
Mais vous,
que feriez-vous si votre pays et votre famille étaient
attaqué par un ennemi féroce ? .. Laisseriez-vous
égorger vos pères, mères, épouses
et enfants, Laisseriez-vous envahir votre pays les bras
croisés .... Je suis sûre que non. Il ne
s’agit pas d’attaquer, nous sommes pacifistes,
mais de savoir se défendre.
Pour le moment
ici nous sommes relativement en paix. Alors, chacun d’entre
vous selon votre personnalité, vos qualités,
vos goûts, vos tendances et possibilités,
choissisez un but ; profitez de votre temps d’enfance,
d’adolescence et de jeune adulte pour vous instruire,
apprendre un métier ou un art, sans oublier de
vous distraire sainement : la fête fait aussi partie
de la vie ; tout est utile pour votre avenir et pour le
pays. Ne perdez pas votre temps précieux, évitez
les excès de verbiage pseudo-intellectuels ou politiciens,
les polémiques oiseuses, n’entrez pas dans
de vaines querelles partisanes, utiliser vos forces et
votre intelligence pour vous livrer à des actions
concrètes, constructives, utiles pour vous-mêmes,
pour votre entourage et l’environnement. Il vous
faut comme l’on dit "se situer dans le paysage"
Vous faites partie d’un ensemble qui demain formera
l’Europe nouvelle. Notre Belle Algérie de
France par ses divers composant en était le prélude,
nous avons déjà tous travaillé ensemble...
et il y encore du pain sur la planche à pétrir.
Vous avez votre mot à dire, qu’il soit de
vérité et de justice ; vous avez une place
à prendre, vous êtes en France et dans tous
les pays d’Europe légitimement chez vous,
par descendances, coutumes et traditions. Ne vous laissez
pas marchez sur vos pieds-noirs,soyez fiers de vos ancêtres
proches et lointains, même si en plus de leurs qualités
ils ont pu avoir des défauts, comme tout le monde
; la perfection n’est pas d’ici-bas, comme
vous le savez, mais il faut tout faire pour s’en
approchez afin de vivre sa vie dignement.
Nous les vieux
pieds-noirs de l’ombre de notre soir nous vous tendons
le flambeau, avec des gestes et des mots tout simples
qui peuvent vous paraître dépassés
dans notre époque où règne un mode
de communication outrancière, mais les modes passent
et l’esprit demeure. Nous sommes la génération
"mémoire-relais" Prêtes ? ....
Partez. Bonne vie et longue route enfants et petis enfants
pieds-noirs et surtout n’oubliez pas comme l’on
dit chez nous"comme on fait son lit, on se couche".