Monsieur Yves
SAINSOT
70 Avenue de la Grande Armée
75017 PARIS
Paris, le 6 avril 2007
Monsieur le Président
Vous avez souhaité attirer mon attention sur les
préoccupations de votre association représentative
des rapatriés d'Afrique du Nord. C'est donc avec
la plus grande attention que j'en ai pris connaissance
et je vous en remercie de m'en avoir fait part. Je sais
les déchirements qui ont accompagné votre
retour en France métropolitaine et celui de vos
familles, en ce début es années soixante.
Certains ont tout perdu y compris leurs racines.
Nombre de rapatriés ont réussi à
surmonter les contraintes de la réinstallation.
Mais nous ne devons pas oublier que vous êtes les
descendants de celles et ceux qui, dès le début
du 19ème siècle ont contribué à
l'essor économique de l'Afrique du Nord. La France
leur avait demandé d'assurer son rayonnement par
delà les mers. Sa grandeur, notre pays le doit
aussi à ces femmes et à ces hommes, témoins
et acteurs d'une œuvre civilisation sans précédent
dans notre histoire.
Les gouvernements de droite ont multiplié par
10 le budget consacré aux rapatriés qui
est passé de 14 millions d'euros en 2002 à
plus de 176 millions d'euros en 2006. Alors que la Gauche
n'a eu de cesse entre 1997 et 2002 de réduire les
crédits d'intervention en faveur des rapatriés
(par exemple, 33 % en 2002).
La loi du 23 février 2005 a été
un progrès. L'allocation de reconnaissance pour
les harkis, les anciens supplétifs et leurs veuves
était une meure de justice et d'équité.
Elle bénéficie aujourd'hui à près
de 12 000 personnes. De même les remboursements
de sommes prélevées au titre de l'article
46 de la loi de 170 étaient attendus depuis longtemps.
La réouverture du fonds de retraite complémentaire
Groupama, la prolongation du plan harki, l'accélération
du règlement des dossiers de désendettement
et la protection de la résidence principale des
rapatriés réinstallés, les mesures
prises pour l'insertion sociale et professionnelle des
enfants de harkis, la liste des progrès est longue.
Il était également légitime que
soit instituée la journée nationale d'hommage
aux harkis, le 25 septembre. Il était légitime
et juste que soit enfin dédiée une journée
nationale aux "Morts pour la France" en Afrique
du Nord, le 5 décembre, que cette journée
soit aussi celle des victimes civiles et des familles
de disparus. Pour autant, cette question n'est pas réglée.
Il n'est pas concevable que sur un sujet aussi important,
il n'y ait pas eu à ce jour un consensus national.
Certes, la Nation reconnaît enfin les femmes et
les hommes qui ont participé à l'œuvre
de la France dans les territoires placés antérieurement
sous la souveraineté française. Certes,
la Nation reconnaît enfin la souffrance et les sacrifices
endurés par tous les rappariés.
Cependant les rapatriés ont encore le sentiment
que leur histoire est lourde de suspicion, qu'elle est
encore enfouie, voire bafouée. La politique de
réparation ne peut être celle d'expiation
permanente, une expiation par la repentance qui aboutit
à la division. Il faut regarder l'avenir en rendant
justice à toutes les parties, à tous les
rapatriés. Je ne suis pas favorable aux excès
de la repentance : la France est une Nation qui revendique
son identité, qui assure son histoire. On ne construit
rien en demandant aux enfants d'expier les fautes de leurs
pères, des fautes qu'ils n'ont pas commises. Au
peuple de l'ancien empire français, nous devons
offrir non l'expiation mais la fraternité. Nous
ne pouvons pas tourner le dos à la Méditerranée,
rien ne doit être oublié et il appartient
à tous, des deux côtés de la Méditerranée,
de travailler à notre avenir dans une relation
apaisée, d'égalité et de fraternité.
Il est temps que le mémorial pour la France Outre-mer
à Marseille voie le jour. Le Mémorial devra
être inauguré en 2009 et les associations
de rapatriés ont vocation à participer au
comité de pilotage. Notre passé outre-mer
fait partie du patrimoine culturel des Français.
Ce patrimoine doit être transmis dans son intégralité
aux futures générations, aussi longtemps
que la mémoire pourra se transmettre. Les chercheurs
et les éducateurs devront pouvoir accéder
aux outils d'un savoir objectif, absent de toute passion.
Ils doivent disposer des moyens d'y accéder par
les voies les plus adaptées. Si les verrous de
la mémoire sont ainsi levés, les bénéficiaires
en seront prioritairement les jeunes. De même, l'Etat
prendra toute sa part à la création de la
fondation pour la mémoire de la guerre d'Algérie,
des combats du Maroc et de la Tunisie. Cette structure
doit, en effet, être le lieu dans lequel les historiens
pourront travailler avec objectivité sur cette
période et confronter leur travail avec la mémoire
des témoins et victimes de ce drame. Il faut notamment
confier à un comité de sages la mission
d'enquêter sur les disparus. La douleur est encore
forte, mais les familles ont droit à ce que soit
établie une liste officielle des disparus et que
leurs noms puissent être reconnus sur des monuments
publics.
Si je suis élu, je souhaite ouvrir une souscription
nationale pour que soit érigé en France,
en un lieu à déterminer, un monument national
qui regroupera les noms de tous ceux venus d'Outre-mer,
quelles que soient leurs origines, leur religion, leur
provenance, qui ont participé derrière le
drapeau français à la construction de notre
pays, à sa défense et/ou à sa libération.
Enfin, je proposerai également que la participation
de l'Etat au fond de concours pour la réhabilitation
des cimetières français en Algérie
soit doublée.
Mais aussi importantes soient-elles, les actions de reconnaissance
et les mesures dans le domaine de la mémoire ne
sont pas suffisantes. La loi du 23 février 2005
a permis le remboursement des prélèvements
effectués sur les biens indemnisés et a
permis de réparer ainsi une injustice liée
à la superpositions des précédentes
lois. Cependant le dossier n'est pas définitivement
clos. Sur l'indemnisation, je ne veux pas promettre des
mesures non finançables ou irréalistes.
Je connais les débats concernant les taux d'indemnisation
constatés. Je souhaite une clarification. Je demanderai
à une autorité indépendante d'établir
une hiérarchisation des revendications, tout en
distinguant les revendications de fond, des critiques
émises concernant le règlement de l'indemnisation
-indemnisation des ayants droits français d'étrangers,
indemnisation des personnes morales, indemnisation des
biens vendus à vil prix, la forclusion, le plafonnement
de l'indemnisation, l'absence d'indexation, etc - Cette
autorité devra remettre son rapport avant la fin
de l'année 2007, et je demanderai au gouvernement
de prendre en 2008 les mesures juridiques et financières
et rendre les arbitrages qui s'imposent. Sans attendre,
je demanderai la levée de la forclusion, fixée
à mai 2007 pour le dépôt des demandes
de remboursement. En effet tous les bénéficiaires
de cette mesure n'ont pu se faire connaître, et
il n'est que justice qu'ils puissent se voir rembourser
des prélèvements qui ont été
effectuées sur leur patrimoine.
L'action en faveur du désendettement des rapatriés
réinstallés s'est poursuivie jusqu'à
nos jours sous l'impulsion des gouvernements de droite.
Pour les rapatriés, ou les enfants mineurs au moment
du rapatriement qui n'ont pu bénéficier
du dernier dispositif de désendettement (la CNAIR),
je donnerai des instructions et des moyens aux préfets
pour qu'ils puissent intervenir en faveur de la sauvegarde
de leur toit familial, une priorité confirmée
par le décret du 24 mars que j'ai signé.
Je souhaite que nous puissions aller au bout de cette
logique et étudier la possibilité d'annulation
de dette pour les personnes les plus démunies et
qui ont contracté de petites dettes. Sachez que
j'ai demandé au Premier ministre de suspendre l'examen
des dossiers en cours à la CNAIR afin d'éviter
que leur examen ne soit précipité dans le
contexte actuel des élections. Toutes ces mesures
témoigneront de ma volonté de prendre des
initiatives rapides en faveur des rapatriés. En
l'espèce, ma volonté est qu'en 2012 au plus
tard, date du 50ème Anniversaire de la fin de la
guerre d'Algérie et fin de la prochaine législature,
toutes les questions relatives à la guerre d'Algérie
qui n'auraient, à ce jour, pu aboutir, soient enfin
réglées de manière satisfaisante
pour l'ensemble de nos compatriotes rapatriés.
En attendant, il faudra renforcer les moyens interministériels
rattachés au Premier ministre afin de concrétiser
cet effort de solidarité nationale.
Je vous invite à débattre de ces orientations
à l'occasion d'une réunion que j'organise
avec Christian Estrosi et les parlementaires chargés
de ce dossier, au siège de campagne le 14 avril
à 15 heures, je serai heureux de vous accueillir
et vous remercie de bien vouloir confirmer votre présence.
Je vous prie de croire, Monsieur le Président,
en l'assurance de mes sentiments les meilleurs.