Monsieur Yves SAINSOT
70 Avenue de la Grande Armée
75017 PARIS
le 26 mars 2007
Dans le cadre de cette élection présidentielle,
vous avez souhaité interroger les différents
candidats sur les questions concernant le traitement des
conséquences de la Guerre d'Algérie. Je
suis sensible à vos interrogations qui me relient
à mon histoire personnelle et à celle de
ma famille. La Guerre d'Algérie et, plus largement
la longue période de la colonisation, puis celle,
plus courte, et souvent plus dramatique de la décolonisation,
ont marqué le destin de nombreux Français.
Je souhaite répondre à leurs interrogations
et proposer à la France une politique globale de
réconciliation avec son histoire. Le calendrier
nous dicte nos responsabilités. Le prochain Président
de la République achèvera son mandat en
2012, année du 50ème anniversaire de la
fin de la Guerre d'Algérie. Cette année-là
doit être celle de la mémoire apaisée.
A cette fin, et durant le quinquennat et la législature,
je m'engage à mettre en oeuvre une politique structurée
autour de quatre grands thèmes.
Mon premier engagement est celui du devoir de la Connaissance
Le Gouvernement, sous mon impulsion, s'engagera à
favoriser la recherche historique sur l'ensemble de la
période de la colonisation par l'attribution de
bourses de recherche, l'ouverture des archives, le soutien
aux publications et l'organisation de colloques.
Une commission indépendante sera créée
pour traiter les grandes questions qui divisent aujourd'hui
les Français : - le rôle de la colonisation
française - les drames liés à la
fin de la Guerre d'Algérie (le massacre des Harkis,
la fusillade de la rue d'Isly, les tueries d'Oran, le
rapatriement des Pieds noirs…).
Chaque année, le ministre des Anciens Combattants
présentera au Parlement, dans le cadre du débat
budgétaire, l'état de ces recherches. Mon
deuxième engagement est celui du travail de Mémoire
Celui-ci doit pouvoir se développer sans repentance,
ni amnésie. Ni la mémoire de la colonisation,
ni celle de la guerre d'Algérie n'ont vocation
à développer la repentance franco-française
mais, au contraire, elles doivent renforcer le partenariat
franco-africain et avec les pays de l'ancienne Indochine.
Le Gouvernement, sous mon impulsion, s'engagera à
créer une Fondation pour la Mémoire de la
colonisation et de la décolonisation. Cette fondation
devra fédérer l'ensemble des acteurs qui
oeuvrent pour cette mémoire - associations de rapatriés,
de harkis, d'anciens combattants et historiens. Elle recevra
la charge de la sauvegarde de l'ensemble des lieux du
souvenir de cette période historique dans l'ensemble
des pays concernés par cette histoire. Elle sera
également chargée de superviser la création
des centres mémoriaux à vocation pédagogique.
Enfin, elle aura compétence pour proposer les différents
éléments historiques qui pourraient légitimement
se retrouver dans les programmes scolaires.
Mon troisième engagement est celui de la solidarité
et de la reconnaissance de la Nation. Je m'engage, tout
au long de ce quinquennat, à conduire une politique
qui doit approfondir ces droits inaliénables. Dès
ma prise de fonction, je demanderai la création
d'une commission du bilan chargée de faire une
étude exhaustive des interventions mises en oeuvre
par l'état depuis 1962 en faveur des harkis, des
rapatriés et des anciens combattants. Cette commission,
présidée par le président de la Cour
des Comptes, fera des propositions afin de corriger ou
de compléter les droits ouverts.
Je demanderai que ce rapport soit présenté
au Gouvernement en novembre 2007 afin d'inscrire au budget
2008 les propositions qu'il retiendra et qui seront présentées
au Parlement. Dès à présent, je m'engage
pour que ce Droit à Réparation s'exerce
en particulier pour les enfants des harkis ayant transités
au moins trois ans dans les camps d'hébergement
temporaire, pour les harkis prisonniers de l'ALN, dont
le statut devra être celui de prisonnier de guerre,
pour les rapatriés oubliés par les différentes
lois d'indemnisation et pour l'ensemble des rapatriés
pour lesquels des correctifs seront apportés aux
lois d'indemnisation.
Mon quatrième engagement est celui de l'avenir
Le Gouvernement, sous mon impulsion, mettra en place des
mesures d'aide systématique aux descendants de
harkis qui s'investissent dans la vie économique,
la vie sociale et culturelle de la France. Cet engagement
pour l'avenir se traduira également par la proposition
de la création d'une année de " la
France dans le Monde " en 2012, année dont
les rapatriés, les harkis, les anciens combattants
seront les acteurs principaux. " L'obligation de
l'avenir " c'est aussi mettre la connaissance des
hommes et des femmes qui ont construit les pays et les
départements qui étaient sous la responsabilité
politique de la France au XIXème et XXème
siècle au service de la politique méditerranéenne
et plus largement mondiale de la France d'aujourd'hui.